Avons-nous perdu toute pudeur ?

S’exhiber sur le Web relève de la stratégie. Une étude statistique conduite en 2007 sur les pages personnelles de Facebook montre que le nombre d’« amis » que vous enregistrez est étroitement corrélé à la quantité d’informations que vous renseignez sur votre fiche. Les adolescents, en particulier, sont nombreux à revendiquer des centaines de contacts et à mettre en ligne une flopée de photos. Un grand partage à l’abri du contrôle des parents. Et hop ! En un clic, la soirée bien arrosée du samedi soir entre dans la mémoire numérique d’un vaste groupe. Qui veut s’en emparer a ensuite la voie libre. Au nom d’une transparence revendiquée comme au risque d’une mise à nu inquiétante.

La naïveté des années lycéennes ne cède pas forcément la place à un comportement adulte marqué par la pudeur. Dans son livre L'Intimité surexposée, Serge Tisseron, psychiatre et psychanalyste a donné un nom à ce grand déballage : Nos contemporains auraient le désir de « l'ex-timité », c'est-à-dire « une volonté de faire valider son intimité par un très grand nombre de personnes qu'on ne connaît pas, notamment via Internet ».

Pour tenter de mieux comprendre comment l’internaute utilise l’interactivité du Web pour se mettre en scène et tisser un réseau d’amis, Orange Labs, le centre de recherche R&D d’Orange, allié à la Fing, une association qui réfléchit aux usages d’internet et à Faber Novel, une société de conseil, a mené une enquête de sociologie en 2008. Sociogeek – c’est son nom – a été réalisée en ligne selon un mode opératoire assez original. Conçue comme un jeu, l’étude présente plusieurs séries de photos et demande à l'internaute de choisir celles qu'il publierait sur son profil. « Nous avions comme idée de départ que le Web 2.0 provoquait l'exposition. L'idée s'est révélée fausse », explique Daniel Kaplan, délégué général de la Fing. Aucune corrélation n’existerait entre la fréquence d'usage des réseaux sociaux et le niveau d'exposition de sa personne. Certes, les internautes exposent leur identité sur le web, mais cette exposition reste très modérée et surtout, plutôt maîtrisée. La publication de données répond plus à une activité stratégique qui cherche à produire une image de soi avantageuse qu’à une prise de risque inconsciente.

L'étude montre en revanche un autre phénomène : les comportements varient nettement selon le niveau d'étude : « moins vous êtes diplômé, plus vous acceptez les sollicitations et essayez d'attirer des “amis”. Cela correspond à la constitution d'un capital social », estime Dominique Cardon, d’Orange Labs. Lors d’une visite dans une école, Barack Obama donnait justement ce grand conseil politique à un adolescent souhaitant devenir président des États-Unis : ne pas trop en dire sur Internet pour tenir le contrôle de sa réputation.

Liens :

– L’étude d’Orange Labs
– Le groupe Facebook où l'on discute de l'enquête

publié le 01/12/2010
par David Zoé

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publié le 01/12/2010
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