Cyber métiers : Camille Besse, growth hacker

Le marché du numérique est en pleine forme. Si la France est une terre fertile pour les start-up, notamment grâce à des initiatives comme celle d’Orange avec Orange Fab France, il est parfois difficile pour les entrepreneurs et créateurs d’applications ou de services de recruter leurs premiers utilisateurs. De ce besoin est né un métier : le growth hacking, ou l’art de recruter et de fidéliser, pour se construire rapidement une communauté solide.

Nous avons rencontré Camille Besse, l’un des plus fiers représentants de la communauté de growth hackers en France, fondateur d’un site de discussions entièrement consacré à cette activité. Avec lui, tentons de comprendre ce cyber métier et de plonger dans son quotidien à la frontière entre la création, le développement et le marketing.

Quel est votre parcours ?

Cela fait dix ans que je travaille dans l’industrie du web : à mes débuts, j’ai créé et administré un site de vente en ligne dédié aux montres à personnaliser. Petit à petit, j’ai dû m’intéresser au marketing pour vendre plus de produits et gagner en notoriété. Bien que cette aventure soit terminée, je suis resté très intéressé par tout ce qui touche à la stratégie marketing sur le web. Je suis désormais consultant dans ce domaine.

Je me suis réellement lancé dans l’univers du growth hacking par besoin, pour développer mon activité. À l’époque, le terme « growth hacking » n’existait pas encore, il est apparu il y a quatre ans aux États-Unis. J’ai été l’un des premiers à en parler en France, d’abord via un blog GrowthHacking.fr, qui est ensuite devenu un forum spécialisé dans cette thématique. Il compte 4 000 inscrits, dont 1 000 utilisateurs qui y participent activement : ils posent des questions, recommandent des outils et répondent aux internautes sur des sujets liés au growth hacking.

Comment définiriez-vous le métier de growth hacker ?

Les définitions sont assez nombreuses, mais je dirais que le growth hacking, c’est l’art de gagner du temps, et d’essayer de faire le travail de cinq responsables marketing classiques pour la croissance d’une application, d’un service ou d’un site Internet. Cela passe par l’automatisation des tâches, le développement, la programmation de scripts et l’utilisation d’outils plus performants pour remplir les objectifs suivants : l’acquisition d’utilisateurs, la rétention ‒ ou comment garder ses utilisateurs actifs ‒, les solutions de parrainage et de recommandation ainsi que l’augmentation des revenus. Très souvent, les growth hackers se spécialisent dans l’acquisition : ils cherchent à recruter un maximum d’utilisateurs, rapidement, pour leur application.

En quoi le growth hacker se distingue-t-il d’un responsable marketing ou d’un chargé de développement ?

Les deux peuvent cohabiter, mais ce sont des métiers différents. Un growth hacker se doit de mêler technique et créativité. Il ne faut pas nécessairement avoir une expérience de développeur, mais c’est une activité qui demande de toucher à de nombreux outils, parfois complexes, pour arriver à ses fins. Un responsable marketing se concentre davantage sur la stratégie marketing pure.

Il n’y a pas encore, en France, d’études académiques dédiées au growth hacking. Quelle est votre formation et que recommanderiez-vous à qui voudrait en faire son métier ?

En effet, je n’ai fait aucunes études dans ce domaine : j’ai arrêté mon cursus après avoir passé deux années dans une faculté de langues pour me concentrer sur mes projets personnels et lancer mon activité. Malheureusement, comme vous le disiez, il n’y a pas de réelles études dédiées au growth hacking. J’aurais d’ailleurs tendance à penser que c’est un domaine qui nécessite d’apprendre par soi-même, d’être curieux. On ne peut tout simplement pas apprendre à être malin ! (Rires)

Quelles sont selon vous les qualités et les compétences nécessaires pour exercer cette activité ?

La meilleure des qualités, c’est d’être curieux, de faire une veille et de découvrir en permanence de nouvelles solutions, de nouveaux outils. En étant curieux, on se démarque des autres. J’aime bien cette citation d’Elon Musk, le fondateur de Tesla : « Le meilleur marketeur de la Silicon Valley est celui qui fait tout ce que vous n’êtes pas censé faire. ».


Petit cours de growth hacking par le YouTubeur Ad-min.

À votre avis, est-il en 2016 plus facile de recruter des utilisateurs qu’en 2010 ? La multiplicité des services et des applications n’a-t-elle pas saturé les internautes ?

C’est difficile à dire, car les internautes sont également plus nombreux qu’avant. Une chose est certaine : il est toujours possible de recruter des utilisateurs, mais il y a en effet plus de concurrence. Peut-être qu’en 2016, le marché est plus difficile à appréhender. L’entrepreneuriat sur Internet s’est énormément démocratisé, si bien qu’il faut redoubler d’efforts pour arriver à sortir du lot.

Vous l’avez dit, l’enjeu d’un growth hacker est également de fidéliser. Comment faites-vous pour garder l’intérêt de vos utilisateurs sur une application ou un site web une fois qu’ils se sont inscrits ?

Si l’application ou le service est bon, j’ai tendance à penser que les utilisateurs reviendront par eux-mêmes. Il existe ensuite plusieurs méthodes pour conserver l’intérêt des utilisateurs, comme l’utilisation des e-mails à chaque fois qu’un utilisateur reçoit une notification, par exemple. C’est une technique vieille comme le monde, mais elle est toujours aussi efficace !

Les réseaux sociaux sont aussi des canaux efficaces pour créer du trafic et engager une relation durable. Enfin, proposer un système d’invitations qui permette aux utilisateurs de faire découvrir le service à leurs amis a tendance à créer une envie très forte. En 2009, l’application Spotify a très rapidement fait parler d’elle en instaurant un système d’invitations distribuées au compte-gouttes. Plus récemment, la start-up Slack ou encore Inbox by Gmail ont procédé de la même façon.

Quels sont les outils que vous utilisez au quotidien ?

Les outils sont nombreux, mais aussi très versatiles : certains ne survivent pas plus de quelques mois. Je recommanderais d’abord Excel, ou son équivalent en ligne Google Sheets, qui est probablement l’outil que j’utilise le plus pour centraliser toutes les données liées aux utilisateurs et aux statistiques.

Pour faire du « cold marketing » (s’adresser à des prospects totalement inconnus), l’outil Reply est formidable. Il permet d’automatiser l’envoi d’e-mails comme s’ils avaient été rédigés et envoyés manuellement. Pour gérer toute une base d’utilisateurs, avec, par exemple, un système d’envoi automatique d’e-mails, Intercom est également une bonne solution. Afin de récolter des adresses e-mails, j’utilise Email Hunter et son extension Chrome, qui permet de trouver rapidement l’adresse e-mail d’un profil LinkedIn. C’est une très courte sélection des nombreux outils qui font le quotidien d’un growth hacker.

Ces outils semblent parfois un peu intrusifs. D’ailleurs, le mot « hacking » a généralement une connotation péjorative. Est-ce que le terme « growth hacking » vous semble vraiment adapté à votre activité ?

Ici, « hacking » fait plutôt référence à l’optimisation et la recherche de solutions dans le cadre du développement de sa start-up, par exemple. Le « growth hacking » n’a rien à voir avec les questions de sécurité informatique : je ne pirate pas les serveurs de la NASA ! (Rires) Je trouve cette notion très juste vis-à-vis du métier, même si c’est une drôle d’appellation. Plusieurs experts parlent désormais de « growth marketing », ce qui me semble être un formidable pléonasme…

À quoi peut ressembler le quotidien d’un growth hacker qui travaille pour le compte d’une start-up ?

C’est une vision très personnelle, mais je ne crois pas qu’une start-up doive faire appel à un growth hacker qui travaillerait à temps plein sur le recrutement et la rétention des utilisateurs. Ce que je remarque, c’est que les meilleurs growth hackers sont souvent les fondateurs de start-up. Selon moi, tout le monde peut être growth hacker : un designer, un développeur, un community manager… Et d’ailleurs, le growth hacking doit être une qualité plus qu’un métier à part entière. C’est une philosophie que l’on doit désormais intégrer pour réussir à faire connaître son projet !

publié le 25/10/2016
par Bastien Péan

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“Avec Camille Besse, tentons de comprendre le growth hacking et de plonger dans son quotidien à la frontière entre la création, le développement et le marketing.”

publié le 25/10/2016
par Bastien Péan

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