Le code au service des femmes !

Le parcours d’Aurélie Jean, si jeune soit-elle, est impressionnant. Après avoir soutenu sa thèse de doctorat en 2009 à l’école des MINES Paris Tech, elle décide de partir aux États-Unis, là où « vous n’êtes pas jugé pour vos diplômes, mais pour ce que vous accomplissez ». Elle est chercheuse postdoctorale en biomécanique numérique à l’université d’État de Pennsylvanie pendant deux ans, où elle travaille sur la régénération in vitro des tissus du muscle cardiaque après un infarctus grâce à un code de simulation.

Puis, en 2011, elle obtient un poste au Massachusetts Institute of Technology (MIT) – le Graal ! Là encore, elle développe des modèles mathématiques complexes au service de la recherche biomédicale (en l’occurrence, l’étude des traumatismes crâniens).

Passionnée par la programmation informatique, qu’elle conçoit comme un formidable outil pour faire de nous des power users, Aurélie Jean apporte également son soutien à des initiatives visant à combler le gender gap dans les disciplines scientifiques (la sous-représentation des femmes en sciences, technologie, ingénierie et mathématiques, désignées sous le sigle STEM aux États-Unis).

Elle vient de lancer PATRONNÈ, une plateforme numérique et un magazine digital dédiés aux professionnelles connectées. Lors de la Journée de la femme digitale qui réunira, le 10 mars au théâtre des Folies Bergère, des femmes (et quelques hommes…) qui travaillent dans le Web ou accompagnent la transformation digitale dans leur entreprise autour du thème « Meet the future ! », Aurélie Jean interviendra sur les bénéfices du code dans nos sociétés. Une thématique passionnante, qu’elle a bien voulu aborder avec nous.

En quoi consiste le projet PATRONNÈ ?

PATRONNÈ est une formidable aventure et un projet qui nous tient à cœur, mon associée Chandra Briggman et moi. Il s’agit d’une plateforme numérique destinée aux femmes qui souhaitent échanger leurs secrets de réussite. Elle se développe autour d’une communauté de professionnelles brillantes et généreuses qui veulent laisser leur empreinte. PATRONNÈ est aussi un magazine digital qui contient des articles, des vidéos et des podcasts réalisés par des experts sur des thèmes variés comme la négociation, le personal branding, l’office politics, le droit, la beauté, le style ou encore le sommeil. Dans chaque numéro, nous mettons en avant une femme qui nous inspire en nous parlant de son histoire. PATRONNÈ a pour mission de réduire le gender gap dans les milieux professionnels en donnant l’opportunité aux femmes de « networker » et d’obtenir des informations utiles pour leur carrière : « information is power » !

Ce gender gap, vous l’avez « vécu » ? Comment se manifeste-t-il ?

Oui, malheureusement. Je l’ai rencontré dans mon parcours scolaire, où j’ai souvent eu l’impression d’être sous-évaluée par rapport à mes camarades masculins. Je le rencontre également dans le milieu professionnel quand j’ai des réflexions liées à mon genre, quand on m’interrompt davantage pendant une réunion que mes collègues masculins ou encore quand il arrive que des personnes, invitées au sein de notre équipe de recherche, croient que je suis la secrétaire. C’est une série de comportements un peu toxiques, provenant d’hommes, mais aussi de femmes, dont certains sont volontaires et d’autres inconscients. Ce qui me permet de le gérer, au quotidien, ce sont mes mentors (le mentorship est très développé aux États-Unis). Cela m’a beaucoup aidée à savoir comment réagir face à ce genre de situations et à continuer d’avancer sans me sentir blessée.

À quelles difficultés sont confrontées, encore aujourd’hui, les femmes dans le digital ?

Elles sont nombreuses, même si les choses évoluent grâce à des démarches comme la Journée de la femme digitale organisée par Delphine Remy-Boutang. Je ne peux parler que du milieu de la programmation informatique, dans lequel j’évolue depuis plus de dix ans. Je pense qu’il souffre d’une certaine méconnaissance. On imagine un milieu d’hommes introvertis et souvent injustement stigmatisés. Les femmes, naturellement portées vers la communication ou l’empathie, ne s’y sentent pas suffisamment bien accueillies. C’est là que nous, codeuses, avons un rôle à jouer. Nous devons présenter une image attractive ! Les jeunes filles ont besoin de role models qui les inspirent et leur donnent confiance.

Et vous, quels sont vos role models ?

J’en ai plein, féminins et masculins, notamment parmi mes mentors et dans de nombreuses disciplines, pas exclusivement les sciences. Delphine Remy-Boutang est aussi un modèle pour moi parce que je pense qu’elle a tout compris. Elle a compris qu’en s’entraidant, les femmes seraient plus visibles, plus fortes et capables d’impacter davantage notre société ; qu’elles avaient une carte à jouer dans le milieu du digital et que c’était maintenant qu’il fallait la jouer. Elle a aussi saisi l’importance du réseau et adopte une approche proactive. Selon moi, elle ne voit pas le gender gap comme un problème, mais comme une opportunité, parce qu’il faut remplir ce gap, en tirer profit.

Vous apportez votre soutien à de nombreuses initiatives pour aider les jeunes filles à s’intéresser au code. Pouvez-vous nous parler de votre implication ?

J’ai récemment été interviewée par des étudiants américains dans le cadre de l’émission Roadtrip Nation sur PBS (chaîne nationale américaine) sur le thème du code informatique. Le but de ce show est de permettre à des personnes issues des minorités de découvrir et de s’inspirer de role models à travers les États-Unis. J’ai également participé à un Google Hangout avec un groupe de jeunes collégiennes du Kansas organisé par l’association Code Breakers et Athelene Gosnell. Ce qu’ils font est génial : ils proposent aux jeunes filles de construire un robot et de développer le programme informatique pour le piloter. Cela leur permet de découvrir les STEM et le langage informatique. En parallèle, des Google Hangouts avec des femmes qui travaillent dans ces domaines leur montrent qu’on peut être informaticienne, ingénieure ou docteure en chimie et être féminine et épanouie. J’ai lu dans une étude américaine que les jeunes filles abandonnaient les STEM au lycée parce qu’elles pensaient que ça ne plaisait pas aux garçons…

Cette expérience m’a beaucoup émue, elle m’a permis de réaliser une fois de plus la chance que j’avais eue de grandir dans un milieu culturellement ouvert, avec un grand-père féministe. Toute sa vie, il a défendu les minorités et en particulier les femmes. Il m’a donné une grande confiance en moi, il m’a toujours dit que je devais faire ce que je voulais et surtout de ne pas me préoccuper de ce que les gens pouvaient en penser. Je suis persuadée que ça a influencé mes choix d’études et de carrière professionnelle et que c’est grâce à lui que je suis devenue qui je suis. Aujourd’hui, j’essaie d’aider d’autres jeunes filles ; aux États-Unis, la notion de « give it back » est très importante. On a eu de la chance, donc essayons de le rendre aux autres d’une manière ou d’une autre de façon à créer un équilibre social plus juste. PATRONNÈ s’inscrit également dans cette démarche.

En quoi le code peut-il constituer une opportunité pour les femmes ?

Je pense que le code est le socle des innovations futures et qu’il impacte et impactera encore davantage des domaines toujours plus larges comme l’éducation, la médecine, l’agriculture, l’industrie manufacturière ou la finance et le management. Concernant les femmes, nous avons là une formidable opportunité ! Il y a une demande toujours plus grande de programmeurs informatiques. À cela s’ajoutent des salaires très compétitifs et la possibilité d’avoir un emploi du temps flexible et de travailler à distance. Cela permet aux femmes d’acquérir une plus grande indépendance financière tout en maintenant un certain équilibre familial. Enfin, les métiers de la programmation ouvrent naturellement la voie à la création d’entreprises et je reste persuadée que les femmes sont de grandes entrepreneuses par nature ! Par ailleurs, plusieurs équipes de recherche, aux États-Unis et en Allemagne, ont observé l’activité cérébrale de développeurs informatiques. Ils ont notamment découvert que les zones sollicitées du cerveau, lorsque l’on code, sont les zones du langage, de la mémoire et de l’attention ; des traits que les femmes manient avec excellence. Soyons donc audacieuses !

publié le 10/03/2016
par Wiggin-v

mots-clés :

La Journée de la femme digitale

Rendez-vous le 10 mars, au théâtre des Folies Bergère, autour du thème « Meet the future ! »

www.journeedelafemmedigitale.com

“Delphine Remy-Boutang a compris qu’en s’entraidant, les femmes seront plus visibles et plus fortes. Elles ont une carte à jouer dans le milieu du digital et c’est maintenant qu’il faut la jouer.”

publié le 10/03/2016
par Wiggin-v

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