Le phénomène du #old

La course effrénée au lien frais

Peut-être avez-vous déjà vu le hashtag (un marqueur précédé du symbole #) « Old » apparaître sur votre timeline sur Twitter ou Facebook. Peut-être même vous l’a-t-on déjà adressé après que vous ayez innocemment posté un lien vers une information insolite, un Tumblr humoristique ou un gif d’animal mignon. Ce simple mot signifie qu’un lien est périmé et qu’il a déjà beaucoup circulé sur le Web. Aussi anecdotique semble-il, son usage répété témoigne de l’existence d’une nouvelle temporalité dans la culture de partage de l’information sur (et propre) au Web.

Le bon tempo

La généralisation d’une information en continu et en temps réel a induit une exigence accrue de réactivité chez les journalistes. Pour avoir le maximum de valeur ajoutée, l’information brute doit-être relayée immédiatement et avant tout le monde. « Il y a une question d’adéquation entre le moment où tu donnes l’information et la qualité de l’information », expliquait Emmanuelle Defaud, chef des informations à France TV Info, sur le blog d’Alice Antheaume. « Dans le temps T, tu peux donner une information qui vient de sortir, en restant sur des faits bruts. 24h ou 48h plus tard, il te faut un angle sur cette même information : tu ne peux pas donner juste le fait, tu dois le décrypter ».

L’extension du domaine du « old »

Cette exigence de la nouvelle fraîche, auparavant limitée en France à un microcosme s’est progressivement étendue en dehors de la twittosphère, à l’internaute lambda, et généralisée à toutes sortes de contenus. Quel que soit le type de liens, ils sont devenus hautement périssables. Vincent Glad et Soline Ledésert écrivaient dans le magazine AMUSEMENT : « Dans la vraie vie, il fallait une saison pour qu’une robe soit dépassée, il ne faut plus qu’une demi-journée pour qu’une vidéo marrante soit lessivée par son rabâchage sur le réseau ». Et de citer Dominique Wolton, chercheur en communication : « Les hommes, face aux techniques de communication, sont comme le Lapin Blanc d’Alice au pays des merveilles, toujours en retard, toujours pressés, toujours obligés d’aller plus vite ».

L’ombre du « old »

Pour se prémunir de cette sanction immédiate que constitue le #old, il y a ceux qui optent pour une pratique intensive du Web : passant H24 sur Twitter, ils consultent en permanence leur lecteur de flux, les sites de social bookmarking et les imageboards. Il y a ensuite ceux qui préfèrent anticiper en ajoutant eux-mêmes le hashtag « old » à leur mise à jour : « Je sais que c’est #old, mais… ». Et puis il y a ceux qui utilisent le site Is It Old : il suffit d’y coller son lien et le programme analyse le nombre de fois qu’il a été partagé sur Twitter et depuis quand.

Rassurez-vous, il y a aussi ceux qui n’ont pas conscience ou choisissent d’ignorer cette course effrénée.  Mais une chose est sûre : « Internet  bouge à la vitesse de la lumière », déclarait Per Hansson, le co-créateur de Is It Old, « ce qui est vieux selon les standards d’Internet est très différent de ce qui est vieux dans le monde réel ».

 

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publié le 23/08/2012
par Wiggin-v

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publié le 23/08/2012
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