Les primaires américaines à travers les médias sociaux

Aux États-Unis, l’élection présidentielle dure près d’un an et demi si l’on prend en compte les primaires des principaux partis. Pour le scrutin de novembre 2016, celles-ci ont démarré le 1er février pour s’achever mi-juin, selon un calendrier très précis.

Des mois et des mois de campagne durant lesquels de très nombreux candidats exposent leurs points de vue et tentent par tous les moyens de s’attirer les faveurs des militants, notamment à travers les médias sociaux.

Car après des échéances de 2008 et 2012 placées sous le signe de Twitter et Facebook, les politiques investissent désormais toutes les plateformes avec des résultats divers. Protéiformes et plus puissants que jamais, les réseaux sociaux sont aussi bien un moyen de suivre la campagne que de la faire !

Plus que jamais, les mÉdias sociaux font Émerger les stars des primaires

La scène politique américaine est très dépendante de la publicité. En 2012, ce sont près de 900 millions de dollars qui ont ainsi été investis dans les médias par Barack Obama et son rival Mitt Romney, d’après Kantar Media et The Washington Post.

Dans ce contexte extrêmement concurrentiel, beaucoup ont vu dans les réseaux sociaux un moyen de se médiatiser à moindres frais. Car s’ils ne sont pas gratuits, ils reposent essentiellement sur le partage d’informations par des individus qui se font, le temps d’un clic ou deux, bénévoles.

Largement éprouvée par l’équipe Obama, cette méthode a fait de Donald Trump le roi des primaires républicaines actuelles, devant ses cinq concurrents. Le candidat républicain rassemble aujourd’hui plus de 6,5 millions d’abonnés sur Twitter, 5,7 millions sur Facebook et près d’un million sur Instagram.

En réalité, Trump était déjà une figure ancrée dans le quotidien des Américains grâce à son parcours de self-made man et ses émissions de télévision. Il n’avait donc aucune difficulté à faire entendre sa voix parfois très discordante dans le débat politique, et sa fortune lui aurait permis d’émerger grâce à la publicité.

En revanche, ce que lui ont apporté les réseaux sociaux, c’est une vraie légitimité populaire et politique, en le faisant passer de milliardaire excentrique à candidat sinon crédible, au moins incontournable.

À l’inverse, le sénateur démocrate Bernard « Bernie » Sanders, connu pour ses prises de position plus à gauche que la plupart de ses concurrents, était respecté, mais ne bénéficiait pas d’un grand rayonnement médiatique faute de financement.

Néanmoins, d’importantes communautés se sont créées autour de cet outsider, notamment sur Reddit, un gigantesque forum où des milliers de militants virtuels se sont rassemblés sous la bannière #FeelTheBern pour diffuser ses propositions et réfléchir à d’autres idées.

Depuis, Sanders est pleinement entré en campagne et n’en finit plus d’avoir le vent en poupe, comme en atteste sa victoire dans la primaire du New Hampshire, le 9 février.

Reddit
Le subreddit (forum) « Bernie Sanders for President » rassemble plus de 185 000 membres.

Faiseurs de rois, briseurs de campagne

 

Le hashtag #Jebcanfixit n’a plus rien d’un cri de ralliement de campagne.

Cependant, les médias sociaux ne sont pas toujours la panacée pour les politiques. La culture « LOL » y fait loi, et plusieurs candidats se sont déjà cassé les dents en voulant en tirer parti. Par exemple, l’ancien gouverneur de Floride John « Jeb » Bush a vu son slogan de campagne « Jeb can fix it » (littéralement : « Jeb va tout arranger ») détourné en « mème » par des milliers d’internautes.

De même, Hillary Clinton a tenté de susciter l’intérêt des jeunes en les invitant à donner leur avis au sujet du poids important de la dette étudiante en trois emojis maximum. Une initiative très vite assimilée à de la condescendance et vilipendée sur Twitter.

Enfin, les nombreuses sorties de Donald Trump en ont fait la cible idéale de détournements en tous genres. Le prix à payer pour un personnel politique encore en phase de découverte de ces nouvelles plateformes…

 

Décrire le problème de la dette étudiante à l’aide d’emojis n’est pas chose aisée.

Donald Trump est devenu un véritable « mème ambulant ».

2016, la prÉsidentielle Snapchat ?

Snap Hillary

Imagerie vintage et humour : Hillary Clinton a fait siens les codes de Snapchat.

Un réseau social parvient à réaliser le juste équilibre entre sérieux et légèreté, pur divertissement et engagement : Snapchat. L’application de messagerie éphémère est largement plébiscitée : Hillary Clinton, Bernie Sanders, Donald Trump ou encore Ben Carson y ont tous ouvert leur compte.

La raison d’un tel engouement est très simple : aux États-Unis, Snapchat est utilisée par 60 % des possesseurs de smartphones âgés de 13 à 34 ans. Pour un candidat, cette application est un support de communication supplémentaire, mais surtout un moyen d’intéresser les nouvelles générations à la politique.

Snapchat a d’ailleurs bien compris ce potentiel et produit de nombreuses vidéos autour des débats des primaires afin d’informer ce public jeune, réputé difficile à engager. Avec un certain succès, puisque d’après Nielsen (cité par Politico), deux fois plus de 18-24 ans auraient suivi les débats républicains sur l’application qu’à la télévision !

Comme pour Twitter il y a quelques années, la Snapchat-mania modifie en profondeur la narration des campagnes. Les candidats y publient essentiellement des contenus légers et courts, qui révèlent les coulisses des primaires et humanisent le personnel politique. Si les résultats des primaires demeurent incertains – du moins jusqu’au « Super Tuesday » du 1er mars –, une chose est déjà sûre : les médias sociaux n’ont pas fini de façonner la politique américaine !

 

Quand Bernie Sanders découvre Snapchat.

publié le 01/03/2016
par Pynchon L.

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“Protéiformes et plus puissants que jamais, les réseaux sociaux sont aussi bien un moyen de suivre la campagne que de la faire !”

Pour comprendre en un clin d’œil le fonctionnement des primaires.

www.courrierinternational.com

publié le 01/03/2016
par Pynchon L.

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