Cyber métiers : Alexandre Beretta, data scientist

Il paraît qu’ils exercent le métier le plus sexy du 21e siècle. Les suggestions de contacts professionnels sur LinkedIn, c’est eux. Ce que vous voyez ‒ ou pas ‒ dans votre timeline Facebook, les recommandations d’ouvrages lorsque vous achetez l’Atlas géopolitique mondial sur Amazon, de séries lorsque vous visionnez la dernière saison de Game of Thrones sur Netflix, c’est aussi eux. Les data scientists donnent de l’intelligence aux « data » ; à cette multitude de données sur vos comportements et vos habitudes, recueillies chaque jour sur Internet, à l’intérieur des boutiques, dans la ville… Si leur métier n’est pas si nouveau (on pense par exemple aux actuaires), il a pris une nouvelle dimension grâce aux évolutions technologiques de ces dernières années, notamment en matière de stockage, et se développe à la fois dans les universités, les entreprises et le secteur public.

Rencontre avec Alexandre Beretta, data scientist chez Voyages-sncf.com, qui a bien voulu nous parler de ce métier passionnant.

C’est quoi, un data scientist ?

Le data scientist est à la croisée de différentes disciplines scientifiques. C’est à la fois un statisticien, un mathématicien et un développeur ; il « fouille » dans les données pour créer des produits marketing. L’idée, c’est d’être capable d’exploiter d’importantes quantités de data, d’en extraire de l’information, afin de mieux comprendre le comportement de l’utilisateur, ce qui l’intéresse et de lui apporter des services.

En quoi consiste votre travail au sein de Voyages-sncf.com ?

Aujourd’hui, mon travail tourne principalement autour de ce que l’on appelle les algorithmes de recommandation. D’un point de vue opérationnel, cela signifie essayer de fournir aux utilisateurs des conseils de voyages pertinents. Si l’on prend un exemple très concret : lorsque vous achetez un livre sur Amazon, le site vous recommande d’autres livres que vous ne connaissez peut-être pas, mais qui sont susceptibles de vous intéresser. On veut faire la même chose avec les voyages. La principale difficulté, c’est d’être capable, à partir d’une masse de données, de concevoir un modèle permettant une personnalisation poussée afin de proposer au client la recommandation la plus pertinente possible.

À quoi ressemble votre journée type ?

Ma journée type, je dirais qu’elle se décompose en trois parties. Il y a d’abord une grosse partie développement. On doit généralement coder toute la chaîne : récupération des données, modification et exploration, puis modélisation. C’est la différence, selon moi, entre un statisticien et un data scientist. Ensuite, il y a la partie mathématique. Une fois que j’ai exploré mes données, je dois passer à la modélisation et répondre à ma problématique : qu’est-ce qui va intéresser tel ou tel type d’utilisateurs ? Dernière partie, le marketing. Il faut pouvoir montrer que ce que l’on a réussi à modéliser peut répondre aux besoins exprimés par les équipes marketing.

Quelle formation avez-vous suivie et quel est votre parcours ?

J’ai un master 2 de mathématiques appliquées avec une spécialisation statistiques et analyse de données. J’ai travaillé dans le centre de recherche européen du groupe japonais Asahi Glass ; mon rôle était de modéliser des processus industriels. Puis, j’ai travaillé dans le domaine du Web chez Criteo, où j’ai été Business Intelligence Analyst et où j’ai participé à plusieurs projets R&D. Ensuite, j’ai occupé le poste de CTO (chief technical officer, ndlr) dans une start-up qui s’appelle OuiKnow. C’était un vrai choix de quitter un peu la dimension très mathématique de mon travail pour m’orienter davantage vers la data science et acquérir une double compétence, informatique et mathématique. Enfin, je suis arrivé chez Voyages-sncf.com.

Quelles qualités doit posséder un data scientist ?

Pour moi, la qualité principale c’est vraiment la curiosité. Il faut être capable de comprendre le domaine sur lequel on travaille, les besoins, les enjeux et, au-delà, de rester en veille permanente des nouvelles méthodologies et des nouveaux outils. C’est un secteur en pleine croissance, qui évolue très vite. Au niveau de la recherche, des publications scientifiques paraissent tous les jours, c’est très important de se tenir au courant.

Quels sont, justement, les enjeux de ce métier aujourd’hui ?

L’enjeu c’est d’être capable d’exploiter l’immense quantité de données récupérées et, grâce à cela, de pouvoir personnaliser au maximum ce que l’on va proposer au client ; lui offrir un contenu qui soit véritablement intéressant et utile pour lui, qu’il ne considère pas comme du spam. La politique de Voyages-sncf.com en la matière a toujours été très claire : les données appartiennent à nos clients et sont utilisées de manière anonyme ; elles ne sont pas monétisées et seules celles qui visent à personnaliser et améliorer la navigation des clients sur le site sont utilisées. L’enjeu est également un gain financier qui peut être très important pour l’entreprise*.

Est-ce que l’un des enjeux, finalement, ce n’est pas aussi d’« évangéliser », de montrer, au sein de son entreprise, l’intérêt de son travail et de le rendre compréhensible ?

Effectivement. C’est la quatrième partie de mon travail : prouver aux gens qu’il est utile déjà, parce que ce n’est pas forcément évident pour tout le monde et que c’est parfois un peu abstrait ; faire en sorte que les gens comprennent ce que je fais, essayer de les aider dans leurs tâches et leur montrer que ça peut vraiment leur apporter quelque chose.

À quel salaire peut prétendre un data scientist et quelles sont ses perspectives d’évolution ?

Cela dépend des sociétés, mais je dirais entre 40 000 et 55 000 euros brut par an pour un débutant avec une première expérience et entre 55 000 et 70 000 pour des profils plus expérimentés. En termes de carrière, on travaille sur des projets toujours plus intéressants et on peut être amené à manager une équipe.

Vous exercez le métier le plus sexy du 21e siècle… Quels sont les aspects les moins sexy du job ?

C’est difficile à dire parce que c’est vraiment un métier que j’adore et c’est probablement celui dans lequel je m’épanouis le plus. Après, il faut aimer les mathématiques…

publié le 15/03/2016
par Wiggin-v

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publié le 15/03/2016
par Wiggin-v

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