Dossier du mois : Visiter autrement, le numérique enrichit comme jamais la vie du e-touriste !

Vivez le numérique in situ

Musées, expos et festivals se mettent au virtuel

Vivez le numerique in situ
Faites bouger nos oeuvres
La Vierge au lapin
Porcelaines de Sèvres au Louvre
Le Musée des Confluences dévoile ses réserves
« Leonardo’s Last Support ».
« Leonardo’s Last Support ».
Performance des artistes d’AntiVJ

Des monumentales projections du collectif Anti VJ aux performances du cinéaste Peter Greenaway dédiées à l’histoire de la peinture, des innovations pour mobile du MOMA et de la National Gallery aux nouvelles installations du Louvre et de ses laboratoires, musées, expos et festivals réinventent notre patrimoine artistique et architectural grâce aux technologies du virtuel. In situ, il y a de quoi être épaté…

Des œuvres à toucher et avec lesquelles danser

Le musée Jean-Jacques Henner n’est pas le plus connu des édifices parisiens. Et ce peintre du 19ème siècle, l’un des plus importants de son temps, est loin de connaître aujourd’hui la même notoriété que ses confrères impressionnistes de la même époque. Pourtant, c’est dans cet hôtel particulier du 17ème arrondissement qu’ont lieu les expériences les plus intrigantes de la révolution numérique des musées et du tourisme culturel. Lors d’une nocturne de juin 2011, titrée « Faites bouger nos œuvres », les spectateurs étaient ainsi invités à interagir avec le personnage d’un tableau, à travers la médiation d’un périphérique Kinect. Ce système proposait au visiteur de danser pour voir le personnage du tableau bouger sous ses yeux, celui-ci suivant les moindres faits et gestes de l’amateur de tableaux anciens.

Bien sûr, les grandes institutions ne sont pas en reste. Depuis quelques années déjà, Le Louvre, son service multimédia et son Museum Lab initié au Japon inventent de nouvelles expériences de médiation, à la fois pédagogiques, sensorielles et immersives. Jusqu’en 2010, il était par exemple possible de pénétrer littéralement à l’intérieur d’un tableau du Titien, La Vierge au lapin. Grâce à une structure multi-écrans entièrement immersive, le visiteur du Louvre voyait se décomposer plan après plan, objet après objet, les différents éléments du tableau selon sa progression à l’intérieur d’une sorte de grande boîte plongée dans l’obscurité. Depuis le début de l’année, c’est au tour de l’exposition consacrée à la porcelaine de Sèvres du 18ème siècle, toujours au Louvre, de profiter de ces innovations numériques. Grâce à un système ludique et interactif de tablettes tactiles, le visiteur peut prendre en main de manière virtuelle ces pièces fragiles de porcelaine et les manipuler comme il l’entend. Dans un second dispositif, l’image même du visiteur est intégrée à une animation visuelle, comme s’il était le maître d’œuvre des réceptions grandioses qui invitaient il y a trois siècles le gotha de la noblesse européenne à dîner, entre tasses, assiettes et autres fabuleux ensembles de porcelaine.

Bienvenue dans le musée tactile

Si ces installations coûteuses restent rares, les musées et sites historiques recourent désormais à des systèmes de réalité augmentée ainsi qu’à des dispositifs de tablettes multi-touch et de puces RFID. Sachez-le : le musée de demain sera entièrement équipé d’écrans et de dispositifs interactifs !

Il y a ces voyages dans le temps au cœur des jardins du Château de Versailles via iPhone ou de l’Abbaye de Cluny, reconstitution en 3D, couplée à un système de réalité augmentée, qui permet de visualiser le monument original, dont il ne reste aujourd’hui qu’un dixième. Le musée d’Histoire naturelle de Lille propose quant à lui à ses visiteurs de consulter une table tactile permettant de découvrir virtuellement plus de mille échantillons de la collection minéralogique du musée. Ce n’est pas encore l’écran futuriste de Tom Cruise dans Minority Report de Spielberg, mais pas loin ! Au printemps dernier, le musée archéologique de Fourvière présentait une expo consacrée au dantesque Musée des Confluences de Lyon, dont l’ouverture est prévue pour 2014. Muni d’un iPad, chaque visiteur y avait la possibilité d’interagir avec les objets bien réels d’une sorte d’enquête ludique, grâce à des badges RFID associés à chacun d’entre eux.

L’immersion dans de vrais spectacles multimédias

Cette révolution numérique peut prendre des formes spectaculaires. Le cinéaste et artiste contemporain Peter Greenaway, connu depuis les années 1980 pour des films comme Meurtre dans un jardin anglais ou Zoo, présente régulièrement ses Noces de Cana virtuelles dans de grandes institutions artistiques. Entre l’installation et le spectacle multi-écrans, mélangeant cinéma, musique, jeux de lumière et trouvailles numérique, l’artiste britannique réinvente le célèbre tableau de Véronèse, ainsi que La Cène de Léonard de Vinci, grâce à l’utilisation d’immenses fac-similés qui immergent littéralement le spectateur. Dans une mise en scène et en espace éblouissante, Greenaway plonge à l’intérieur des détails de l’œuvre, révèle son histoire et son architecture secrètes. Une expérience totale qui vaut bien toutes les visites du monde.

Les monuments aussi peuvent revivre à l’aide des nouvelles technologies et des nouvelles formes d’art du XXIème siècle. Lors de la dernière fête de la musique, le musicien électronique et DJ Plastikman, a ainsi investit l’ensemble du Grand Palais, dans lequel trônait la magnifique sculpture de l’artiste contemporain anglo-indien Anish Kapoor. Le rôle du musicien était de faire vivre et vibrer son « Léviathan », sculpture gonflable aux dimensions colossales (35 mètres de haut pour 72 000 m3 !). Au son de basses massives et de percussions réverbérées, le jeune public a découvert d’un même élan une œuvre contemporaine et un édifice historique…

Les noces de Cana virtuelles à la fondation Cini, un spectacle multimédia de Peter Greenaway présenté pour sa première lors de 53ème biennale de Venise.

Le mapping pour faire vivre l’architecture

Il est une autre technique qui permet de faire vivre ou revivre nos monuments historiques. Grâce au mapping, système de projection permettant d’adapter des animations graphiques en 2D ou 3D à un bâtiment architectural, une nouvelle génération d’artistes, venus de l’art numérique et de la musique électronique, connaissent actuellement un immense succès populaire.

Ayant préalablement intégré les dimensions architecturales d’un édifice dans leurs logiciels, des collectifs comme AntiVJ ou 1024 Architecture proposent, à l’occasion de festivals de musique, de nuits blanches ou de nocturnes, de prodigieuses projections monumentales, dans lesquelles ils s’amusent à créer de troublants effets d’optique. Lors du dernier festival Scopitone par exemple, le Château des ducs de Bretagne a semblé se lézarder devant les yeux d’un public conquis. Au Mont des Arts de Bruxelles, sur la cathédrale de Breda aux Pays-Bas, dans la Chapelle de Saint Gervais à Genève, les Français d’AntiVJ ont par ailleurs créé d’étonnantes mise en scène visuelles et sonores qui instaurent un nouveau lien entre les habitants et leur environnement historique.

Ce mariage détonnant d’artistes de la jeune génération avec des monuments du patrimoine européen n’est-il pas le symbole, pour le meilleur, de la façon dont la révolution numérique réinvente aujourd’hui notre rapport aux musées et à bien des lieux de culture ?

Intervention architecturale des artistes du collectif AntiVJ à Enghien les Bains

Liens :

- Le site du Musée Jean-Jacques Henner de Paris
- L’opération « Faites bouger nos œuvres » en images
- Museumlab du Louvre
- Porcelaines de Sèvres, dispositif multimédia du Louvre « le service à la français »
- Le laboratoire d’innovation Erasme s’est mis au service du futur musée des Confluences de Lyon.
- Une sélection d’images de la performance des artistes d’AntiVJ, au Château des Ducs de Bretagne, à Nantes.
- Les interventions architecturales des artistes du collectif AntiVJ, en vidéo.

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