La démocratisation du numérique, en particulier des technologies de géolocalisation, est en train de révolutionner le sport professionnel et amateur, tant dans sa pratique que dans sa représentation. Une révolution toute récente en France, mais qui s’appuie sur des méthodes rodées à l’étranger, en particulier aux USA et au Royaume-Uni.
A qui profite le chiffre ?
Si la statistique footballistique a largement envahi nos écrans, agrémentant la représentation d’un match de données utiles ou plus futiles ; on connaît moins son usage professionnel, en plein essor depuis quelques années. Grâce à des agences comme Opta, Prozone ou Amisco (toutes britanniques), les entraîneurs disposent d’une foule de données pour comprendre les performances des joueurs ou d’une équipe. On étudiera par exemple les statistiques d’un joueur adverse pour mieux définir la stratégie nécessaire pour le contrer ; de même qu’on mesurera les performances de ses propres joueurs afin d’optimiser leur rendement.
L’entraînement augmenté
C’est probablement sur ce dernier point qu’il y a le plus grand potentiel d’innovation. Objectifs principaux : maximiser les performances grâce à des mesures particulièrement affinées (des forces et faiblesses, du niveau d’effort maximum atteint, des muscles à travailler, etc.) prises lors des entraînements et faciliter la préparation autonome. La comparaison de ces données offre d’ailleurs une valeur ajoutée non négligeable, permettant à chaque sportif, pro ou amateur, de jauger ses performances par rapport à celles d’autres pratiquants. Des technologies innovantes voient le jour, comme cegilet “augmenté” qui sera prochainement expérimenté en D-League, l’équivalent de la seconde division de NBA américaine. Cette immersion des statistiques touche également le sport amateur, grâce à des appareils moins coûteux tels que ceux de la gamme Nike+ ou l’application iPad PerformaSports.
Vidéo de présentation de l’application Nike+ Training
Et la France dans tout ça ?
En football, l’idée fait son chemin, portée par quelques entraîneurs précurseurs. Le coach du PSG, intronisé en janvier dernier, avait par exemple fait parler de lui en intégrant à l’entraînement des GPS permettant de mesurer le placement et les performances des joueurs. Une méthode encore rare en France, même si de plus en plus de clubs l’utilisent. Exemple avec l’AS Saint-Etienne, qui tire parti des fonctionnalités proposées par les appareils VXSports.
Extrait d’un reportage du Canal Football Club (Canal+)
Une révolution silencieuse
Surtout, cet essor n’est pas sans conséquences en termes de métiers. L’analyse statistique devient de fait une compétence particulièrement recherchée au sein d’un milieu du coaching qui s’est longtemps basé sur le simple flair sportif. Les agences statistiques citées plus haut proposent d’ailleurs des offres de conseils pour accompagner les clubs dans la compréhension de faits sportifs que la seule intuition ne suffirait pas à observer convenablement. Ceux-ci recrutent aussi de nouveaux profils, issus de disciplines hier étrangères au football : sociologues, statisticiens, etc. Le métier d’entraîneur est donc à l’orée d’une évolution majeure, avec pour objectif la maximisation des performances athlétiques de ses joueurs. Mourinho lui-même ne disait pas autre chose dans une récente interview au Corriere della Sera, traduite dans SoFoot n°96 : “Connaître seulement le ballon ne suffit pas pour devenir un bon entraîneur. Tu dois comprendre la biochimie, la biologie, l’anatomie, les statistiques.” Une révolution silencieuse, dont les supporters ne sont pas nécessairement conscients. Affaire à suivre dans les prochaines semaines avec l’Euro 2012 !