Au XVIIème siècle, en Italie, le grand Galilée prouve que la terre n’est pas plate mais ronde. Dans le jeu FEZ, disponible pour 800 points (environ 10 euros) sur le Xbox Live Arcade (la plate-forme de téléchargement de la Xbox 360), le petit Gomez découvre, lui, que son monde n’est pas en 2D mais en 3D. Les carrés sont en fait des cubes, à l’instar de cet hexaèdre mystérieux et doré qui apparaît à Gomez et lui donne un couvre-chef magique, le fez du titre. Notre héros a maintenant le troisième œil, la capacité de percevoir une nouvelle dimension, de voir sous une nouvelle perspective, et ainsi de sauver l’univers de sa propre dislocation. L’idée est toute simple, ludique et visuelle. Un coup de gâchette à gauche (LT) ou à droite (RT), et c’est tout le décor qui pivote sur lui-même à 90°. Le joueur a déjà croisé cet astucieux gameplay chez Super Paper Mario ou encore Crush 3D. Il est ici l’occasion de multiplier les effets d’optique, les mises en abîme et autres trouvailles formelles. Mais ce n’est pas la seule originalité de FEZ. En effet, ce jeu indépendant et intelligent trouve son intérêt ailleurs. Dans sa conception pour commencer.
Indie Game Superstar
C’est en 2007 que Phil Fish annonce sur un forum dédié aux jeux indépendants qu’il travaille sur un projet, avec « Renaud Bédard à la programmation et moi-même sur tout le reste ». Au fil des années et des retards, FEZ devient une « arlésienne » du jeu vidéo en général, et du dématérialisé et de l’indépendant en particulier. Il faudra cinq longues années de développement (hell) au petit studio Polytron de Montréal pour en venir à bout. Ce qui ne l’empêchera pas de récolter en cours de route les prix de « Excellence in Visual Art » ou « Design Innovation » dans des festivals spécialisés, ainsi que quelques bugs techniques à l’arrivée. Un patch est prévu, mais toujours attendu, pour corriger ces problèmes. Quant au créateur Phil Fish, il a tout donné : son temps, sa santé, sa vie pour que les idées, pixels et pièces du puzzle s’imbriquent les uns dans les autres et donnent un jeu, son jeu. Cette aventure personnelle et passionnelle lui vaut d’ailleurs d’être l’une des vedettes du documentaire Indie Game : The Movie. Disponible à l’achat en ligne depuis le 12 juin, ce film qui selon la légende ferait pleurnicher n’importe quel hardcore gamer sera projeté en avant-première française à la Gaîté Lyrique.
La bande-annonce de Indie Game
Kubrick’s Cube
Au final et à l’écran, FEZ fait la différence par son design, hommage à la culture 8-bits et au pixel art, son esprit irrésistiblement rétro et référentiel, et surtout par l’aventure elle-même qui se déploie et révèle la vraie nature du jeu. « Il existe un monde au-delà de ton village » s’entend dire Gomez. Faux. Il existe DES mondes, tableaux, levels, à l’infini. La quête principale des 32 cubes, et autant d’anti-cubes, devient presque annexe devant la possibilité d’explorer des univers, de résoudre des énigmes, de se balader, de se perdre/prendre la tête dans les pixels. FEZ tient alors moins du jeu de plate-forme à la Mario ou du jeu de rôle à la Zelda que du puzzle game grandeur nature, à l’image d’un Rubik’s Cube géant. Ou plutôt d’un Kubrick’s Cube ! En effet, le jeu invoque architecture, mécanique quantique, cryptanalyse pour finir par une énigme autour du fameux monolithe noir de 2001, l’odyssée de l’espace !
FEZ Gameplay Trailer
Depuis les succès de Minecraft, Super Meat Boy, Limbo ou Braid, la scène indépendante est en train de s’imposer comme « the new place to be », une véritable alternative aux blockbusters, aux jeux AAA. Et du haut de ses trois pixels et de ses 100 000 ventes, Gomez en est l’une des superstars !
Liens :
- Site officiel Fez
- Pour suivre l’actualité du studio Polytron
- Pour écouter la (superbe) musique du jeu
Lorsqu'il était enfant, Vincent interpellait les acteurs à l'écran. Un peu comme dans Last Action Hero. Depuis que la culture fait pop, il aime racont...