Tout commence par une affaire de côtes cassées. Doug Sovern, reporter à la célèbre chaîne de radio américaine KCBS, est alité à la suite d’un accident. Dans un rêve, une étrange idée lui vient : et s’il écrivait un roman sur Twitter ? L’entreprise semble peut-être saugrenue, mais d’une originalité folle. Doug est à peu près sûr que personne, dans le monde entier, n’y a songé avant lui. Du moins, il l’espère très fortement.
C’est ainsi que naîtra peu après « Tweet Heart Novel », le premier roman rédigé sur Twitter.
Naissance d’un « hyper-roman »
L’idée est arrêtée. Tweet Heart Novel s’écrira en direct, sur un fil twitter du même nom. Sous les yeux d’abonnés toujours plus nombreux, Sovern livrera une dizaine de tweets par jour. Mais attention, pas n’importe lesquels. En plus de ne pas dépasser 140 caractères (c’est dans ces moments-là qu’on a envie de remercier abrévations et autres symboles), ils seront écrits d’un point de vue bien précis : celui de Zoé, une jeune sans-abri arpentant les rues de Berkeley, en Californie. Séparée de sa famille et de ses amis, le célèbre réseau social devient l’unique moyen de communiquer avec eux; de leur livrer, chaque jour, les pans d’une existence obscure et mouvementée. Et voilà comment, en un tour de main et une belle ingéniosité, Doug Sovern crée l’« hyper-roman », une oeuvre littéraire dont la trame narrative, la technique d’écriture et le médium utilisé ne font plus qu’un.
Commencée le 11janvier 2011, cette folle aventure s’achève dix mois et 1 661 tweets plus tard (soit environ 150 pages réparties en 11 chapitres). Le temps de rassembler plus de 1 000 tweetos à travers le monde autour d’une histoire forte aux tonalités brutes, exemptée de réécriture ou de préciosité stylistique. Ce que l’on peut lire « au fil » est écrit en temps réel, par une supposée abonnée Twitter.
Réalisme et palpitations garanties.
Quand la technologie pénètre le champ des possibles…
Certes, ce n’est pas la première fois qu’on assiste au détournement d’un concept web de base. Bien des petits malins ont déjà, par exemple, utilisé l’interface de facebook pour créer un CV interactif, ou le principe de communauté en ligne pour financer des projets… Voilà donc ce que Doug Sovern a fait pour la littérature. Mais, d’une certaine façon,ne lui en déplaise, il n’était pas le premier !
En 2003, un Japonais du nom de Yoshi publiait « Deep Love », un roman écrit sur… téléphone portable, avant d’être finalement édité et vendu à 2,6 millions d’exemplaires, puis adapté en série télé, en manga et en film. Inutile de préciser que depuis, le « keitai shosetsu » ou « cell phone novel », est devenu un genre littéraire incontournable au pays du Soleil-Levant, tandis qu’il se popularise doucement mais sûrement en Chine, en Allemagne, ou encore en Afrique du Sud.
Et vous, que pensez-vous de ce genre d’innovations ? Formidables perspectives ou regrettables dérives liées à la technologie ?
Liens :
- Le site officiel de Tweet Heart Novel
- Le fil twitter de Tweet Heart Novel
- Le blog de Doug Sovern
Putin soyer cool